La pratique de l'herbalisme

La pratique de l’herbalisme aujourd’hui

Les plantes médicinales, vous les aimez un peu, beaucoup, à la folie, passionnément ? J’ai eu la chance de rencontrer Christophe Bernard. Christophe est un passionné, un vrai. Son blog altheaprovence est une référence en matière de pratique des plantes médicinales. Alors j’ai demandé à Christophe de nous parler de la pratique de l’herbalisme aujourd’hui. L’herbalisme, qu’est-ce que c’est ? Je vais vous donner ma définition : C’est l’utilisation des plantes médicinales dans le cadre d’une pratique familiale, pour mieux vivre au quotidien. En fait, c’est se réapproprier une connaissance ancestrale des plantes, transmise de famille en famille, et de génération en génération. Dans cette vidéo, Christophe Bernard nous parle du savoir que détenaient les herboristes ; et pourquoi il est si important. Il revient sur le bon usage des plantes médicinales et nous éclaire sur la situation de l’herboristerie aujourd’hui. Enfin vous apprendrez quels sont ses conseils pour se lancer dans la pratique de l’herbalisme.

 

Voici la retranscription de notre échange

Caroline : Bonjour Christophe, merci d’avoir accepté cet entretien. Nous sommes aujourd’hui au lycée agricole de Dardilly où tu interviens pour une formation à l’école lyonnaise des plantes médicinales. J’ai d’ailleurs la chance d’être ton élève cette année.

Est-ce qu’on forme encore des herboristes aujourd’hui ?

Christophe : Alors non, on ne forme pas des herboristes aujourd’hui parce qu’il n’y a pas de formation diplômante pour ce métier-là. C’était une formation qui existait dans le passé. Il y avait un certificat d’herboriste. Et puis c’est le maréchal Pétain qui l’a supprimé [note, pour en savoir plus sur l’histoire de l’herboristerie, lisez cet article : l’herboristerie, pourquoi elle dérange].

Aujourd’hui, nous sommes en recherche d’un statut, et en recherche d’un certificat, d’une profession, d’un titre qui aujourd’hui n’est pas reconnu. Nous formons, ici à l’école, des personnes qui connaissent les plantes médicinales, qui savent comment les utiliser. Côté titre, je pense qu’il va falloir trouver quelque chose. Ici à l’école, Patrice de Bonneval [note : le fondateur et directeur de l’école lyonnaise des plantes médicinales] utilise le terme herbaliste. C’est un terme qui n’est pas spécialement connu. C’est vrai que le terme d’herboriste contient notre historique, notre tradition… Et c’est vrai qu’un jour nous aimerions bien revenir à ce titre-là. Mais ce n’est pas encore possible.

Note : on parle d’herbalisme pour désigner la connaissance et l’utilisation personnelle des plantes médicinales.

 

Y a-t-il des risques à utiliser les plantes médicinales ?

Caroline : Aujourd’hui on constate un regain d’intérêt pour les plantes médicinales. De plus en plus de particuliers sont intéressés pour apprendre à faire de la prévention, soigner des petits bobos du quotidien avec les plantes, et c’est une très bonne chose. Mais du coup cela interroge sur les risques potentiels qui sont liés à l’utilisation des plantes, et cette notion de savoir. Comme tu le dis, il faut apprendre à bien connaître et à bien maîtriser les plantes médicinales qui ne sont pas inoffensives. Concrètement, à ton avis, quel est le risque pour un particulier qui se rend dans un magasin bio et qui va acheter quelques plantes après avoir lu un article dans un magazine ou sur internet ?

 

Christophe : Tu as tout à fait raison : ces dernières années on a vu une augmentation de l’intérêt des gens pour l’utilisation des plantes. C’est, je pense, le parallèle à la recrudescence des problèmes de santé chroniques. Les plantes sont un bon outil pour nous aider de ce point de vue-là.

Pour les plantes qui sont relativement communes et courantes de notre pharmacopée, si elles sont en vente libre dans le commerce, tu peux déjà être sûre que ce ne sont pas des plantes qui sont dangereuses. Ce sont des plantes relativement inoffensives.

Mais c’est un peu comme tout. Je vais prendre l’exemple de la cuisine.

 

Il ne te viendrait pas à l’idée d’utiliser une vingtaine de gousses d’ail fraîches et de les ingérer comme cela

Parce que littéralement tu vas te brûler le tube digestif. On sait très bien que ce n’est pas comme cela qu’on utilise l’ail.

Comment est-ce qu’on le sait ? Et bien on nous a appris. Soit ce sont nos parents qui nous ont appris comment faire la cuisine, soit on s’est renseigné. On a acheté des livres de cuisine. Peut-être on a fait des ateliers. Donc c’est pareil pour les plantes. Toute substance peut devenir toxique si on en abuse. Et c’est pareil pour les plantes médicinales.

La complexité c’est qu’aujourd’hui on va souvent les utiliser lorsqu’on a des problèmes de santé, on veut les utiliser lorsqu’on prend des médicaments et c’est là où cela commence à devenir vraiment délicat. Parce qu’il peut y avoir des problèmes d’interaction avec des médicaments, parce que parfois on a une maladie qui requiert un suivi étroit de comment les choses vont évoluer. Et peut être si on prend une plante, cela va modifier certains paramètres.

Pour la prévention ; pour l’utilisation de tous les jours, je pense qu’on peut dire aujourd’hui que les plantes qu’on trouve sur le marché sont relativement inoffensives et elles sont d’une grande utilité. Après quand on rentre dans l’accompagnement des problèmes de santé, des pathologies, lorsqu’il y a une médication en place, c’est vrai que là il faut être prudent. Il faut s’éduquer ; il faut apprendre à les utiliser. Cela ne s’improvise pas.

herbalisme : utiliser les plantes médicinales

La base de la pratique de l’herbalisme : apprendre à bien utiliser les plantes médicinales et à les transformer chez soi

Ce qui était la fonction de nos herboristes d’antan

Christophe : Absolument. Le certificat était là pour donner la possibilité à ceux qui vendent les plantes, de délivrer aussi avec un minimum de conseils. (Note : C’est très différent de la pratique de l’herbalisme tel qu’on le connaît aujourd’hui). Quand on en parle autour de nous cela étonne beaucoup de gens de savoir que on peut vendre ces plantes là et on n’ a pas le droit aujourd’hui, si on n’est pas pharmacien, de délivrer un conseil aussi minime soit-il. Des conseils, des informations que nos grands-parents connaissaient, que nos ancêtres connaissaient et passaient de famille en famille, de génération en génération. On sait très bien par exemple que la sauge peut aider à soulager un mal de gorge. Mais, si tu vends un sac de feuilles de sauge aujourd’hui, si tu n’es pas pharmacien, tu n’as pas le droit de dire à quoi cela sert !

On a une situation aujourd’hui avec beaucoup d’aberrations, beaucoup de frustrations de la part des consommateurs, de la part des gens qui cultivent ces plantes et qui aimeraient bien les vendre avec un minimum de conseil ; et de la part des herboristeries. C’est cette situation aujourd’hui mais on espère que cela va changer un jour.

Une des dernières herboristeries à Paris, place de Clichy

Une des dernières herboristeries à Paris, place de Clichy

Il y a quand même une prise de conscience et beaucoup d’actions qui sont menées pour essayer de faire bouger les lignes

Christophe : Oui, tout à fait. Il y a des discussions en particulier au niveau du Sénat, avec le sénateur Joël Labbé qui nous écoute et qui essaye de voir comment on peut améliorer la situation. Donc nous voyons cela comme une chance effectivement. Nous avons cette opportunité-là, on va voir où cela nous mène. Nous espérons que nous aurons plus d’écoute cette fois-ci des hommes politiques.

 

Qu’est-ce que cela représente pour toi, de former des gens à la pratique de l’herbalisme ?

Caroline : Christophe, toi tu es très actif dans le monde des plantes médicinales. Ton blog (altheaprovence.com) est vraiment une référence pour qui s’intéresse de près aux plantes médicinales. Tu formes aussi un certain nombre de personnes via des formations à distance. Qu’est-ce que cela représente pour toi ? Pourquoi est-ce important de faire tout ce travail autour des plantes ?

 

Christophe : C’est important pour moi parce que c’est ma passion. Parfois même c’est quasiment une obsession. Et cela je pense qu’on ne peut pas trop l’expliquer. Quand on a trouvé une passion, on donne tout ce qu’on a à cette passion. Donc une grande partie, c’est un peu égoïste, c’est que j’adore ça :)

 

Ce qui est le plus important pour moi, c’est la partie pratique

C’est à dire “Qu’est-ce qu’on fait de cette information ?” Si c’est pour apprendre à utiliser les plantes médicinales dans un livre, ou même dans une salle de classe mais ne pas passer à la pratique après, cela peut être juste pour aider un proche. C’est qu’on n’a pas donné une énergie à cette information qui est purement intellectuelle. Depuis que j’écris, j’essaye d’encourager les gens à faire cette pratique.

 

pratiquer l'herbalisme

Pratiquer l’herbalisme chez soi : préparer ses macérations alcooliques et ses préparations de plantes médicinales pour soulager les maux du quotidien

En deuxième position, c’est la transmission

Cette transmission que l’on a eu de génération en génération, pendant des siècles et des siècles et même des millénaires. Et qui s’est brutalement interrompue, probablement entre les deux guerres, peut-être après la deuxième guerre. Ce qui reflète l’arrivée du médicament moderne. J’ai eu des grands-parents qui m’ont dit : “grâce aux médicaments, on n’aura plus besoin de ces outils-là”. Et quelques décennies plus tard, on s’aperçoit qu’en fait il y avait une complète complémentarité et que ces plantes, en fait, avaient toute leur place pour nous aider à traverser tout un tas de problèmes. La transmission de la pratique de l’herbalisme, c’est arrêtée. Il est tant que nous reprenions le flambeau. Et qu’on refasse passer ces informations pour nos enfants, pour nos petits-enfants. On espère que ce n’aura été qu’une petite anomalie dans l’histoire et que maintenant nous avons relancé la vague, et que cette pratique va survivre.

Et moi je trouve que l’idée de faire passer un message et d’assurer la pérennité de ce message, cela me parle beaucoup. C’est cela qui m’anime. Et qui me pousse à créer, à enregistrer mes vidéos, à enseigner.

 

Au travers de la pratique de l’herbalisme, c’est aussi le respect du végétal que l’on apprend

Caroline : On apprend à connaître les plantes, à les reconnaître lors des sorties en nature. C’est toute une éducation qui se fait. 

 

Christophe : Tout à fait. Tu évoques un sujet qui est le manque de Nature. L’envie de retourner à la nature. Là encore on en parle beaucoup. Parfois on ne le fait pas, parfois on ne peut pas le faire. Parce que peut être on s’est retrouvé à travailler dans un bureau dans une grande ville et tout à coup on s’aperçoit qu’on aimerait bien retourner à cette dimension qui nous manque.

La redécouverte des plantes médicinales, cela fait partie de ce retour à la nature. On peut reprendre contact avec le vivant.

Avec une petite mise en garde au passage : si on se remettait tous aujourd’hui [à la pratique de l’herbalisme], avec la population que l’on a dans les différents pays, il y aurait un risque qu’on aille saccager ce patrimoine végétal.

C’est quelque chose que l’on enseigne aussi dans nos programmes : la plante, la redécouvrir : oui. La cultiver, absolument, beaucoup. Faire travailler nos petits producteurs, absolument. La cueillir dans le sauvage : un minimum, avec respect. Sachant qu’on fait toujours tous la même erreur quand on démarre : c’est qu’on en prend trop ! Et cela finit dans des gros sacs. Cela finit dans des bouteilles dans la cave et puis un jour on les jette, on les composte. C’est toujours une bonne leçon pour celui qui démarre.

 

Ma réserve d'herboriste : mes plantes en vrac

Pratique de l’herbalisme : plantes en vrac pour la préparation de tisanes et alcoolatures. Attention à ne pas en stocker trop !

 

Sur ton blog tu apprends à reconnaître les plantes, à les transformer aussi beaucoup

Christophe : La reconnaissance, c’est vrai que je donne beaucoup d’informations mais la reconnaissance va surtout se faire sur le terrain. Mais j’essaye de donner le plus d’informations possibles.

J’aime beaucoup toute la partie transformation. Et je dis toujours que c’est quelque chose que l’on doit savoir faire dans notre cuisine, avec des ustensiles de cuisine. Parce que si c’est pour se reposer sur du matériel sophistiqué ou même au final se reposer sur des laboratoires, là encore on nous prend notre liberté.

 

Je lutte pour cette indépendance

Transformer dans notre cuisine, avec des instruments qu’on a déjà à la maison. On peut fabriquer des macérats huileux, des macérations alcooliques, on peut même se faire des cellules si on veut, tout cela c’est possible ! C’est quelque chose dont je parle beaucoup sur mon blog.

Et puis l’utilisation dans le contexte de problématiques de santé : j’essaye de guider les gens, toujours dans la plus grande prudence, bien sûr. Je ne suis pas médecin, je ne suis pas pharmacien. Et je ne dis pas que je le suis ; je ne le suis pas. Je ne sais pas faire un diagnostic, et je ne peux pas prescrire. En revanche, je suis un passeur d’informations. Et un passeur d’informations qui commence à avoir une certaine expérience.

J’essaye le plus possible de transmettre cela d’une manière gratuite, et puis il faut que j’en vive aussi : donc j’ai mes programmes payants qui vont emmener les gens qui me suivent beaucoup plus loin, pour être autonomes.

 

Si tu devais leur donner un mot pour les guider dans leur pratique de l’herbalisme ?

Caroline : Que dis-tu aux gens qui suivent des formations ? Je pense notamment à celle d’aujourd’hui. 

 

Christophe : Justement, c’est de pratiquer. Parce que cela peut te paraître bizarre mais très souvent on fait des formations et on ne va rien en faire. Et je pense qu’il y a une période de lune de miel, où nous avons quelques mois où si on ne s’y met pas, on ne s’y mettra jamais.

Le message que j’essaye d’envoyer aux gens qui passent par l’école ici, c’est de dire : “Commencez à travailler sur de petits cas de la vie quotidienne. Par exemple, vous avez une petite brûlure, l’utilisation d’un macérât huileux, on a un mal de gorge, utilisation d’une infusion.” Toutes ces situations de la vie quotidienne sur lesquelles on peut agir. Quasiment tous les jours on a des opportunités d’agir.

Donc de le faire, de noter, de voir ce qui se passe dans notre corps. D’affiner le processus. De retourner dans les cours peut-être. Et puis de retourner à la pratique. Et d’essayer de vraiment incorporer la théorie avec la pratique pour en faire quelque chose qui est à nous. Quand tu fais de la cuisine, tu développes ton style. Quand tu fais du yoga, tu développes ton style aussi. Et bien quand tu pratiques la plante médicinale, au fil du temps tu vas développer ton style.

Certaines plantes interpellent beaucoup. En général ce sont celles de nos régions, parce qu’on les a vues, on les as cueillies. Et on commence à pratiquer avec un style qui nous est propre. Et cela il faut le faire. Sinon on a fait ces études et cela n’aura servi à rien.

 

Caroline : Se l’approprier donc.

 

Merci beaucoup Christophe !

Si vous ne suivez pas déjà Christophe sur son blog altheaprovence, je vous invite vraiment à le faire. C’est une mine d’or ! Vous y apprendre énormément de choses.

 

Et vous, où en êtes-vous avec l’utilisation des plantes médicinales ?

 

Pour en savoir plus :

Crédits photo : Chelsea shapouri et Alice Pasqual – Unsplash. Mesrecettesnaturelles.com
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8 réponses
  1. dominique
    dominique dit :

    et bien moi,je ne suis nulle part dans l utilisation des plantes médicinales parce que je n ‘y connais pas grand chose (pour ne pas dire “rien”) mais pourtant je suis avec plaisir le blog de “altheaprovence” et je suis agréablement étonnée de te voir a ses côtés
    je pense que tu as passé un très agréable moment ;-) (un beau cadeau de fin d’année!)
    merçi Caroline pour cet interview

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  2. Vie QuatreSixQuatre
    Vie QuatreSixQuatre dit :

    Bonjour ! Oui je partage tout à fait. Je fais partie de l’Ecole du Jardin plantaire de La Réunion, et nous formons et informons beaucoup de gens à l’usage des plantes médicinales, entre autres missions et projets. Nous nous apprêtons d’ailleurs à publier un ouvrage collectif sur “les trésors oubliés de nos jardins”. Cela concerne, bien sûr, la biodiversité tropicale, qui est spécifique. Les savoirs en matière de biodiversité ne doivent pas se perdre. Les labos, eux, sont bien informés; Ils exploitent sans vergogne et un peu n’importe comment, sans respect du vivant. Il est temps que chacun se réapproprie les savoirs ancestraux. Merci pour cet article.

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  3. Delphine
    Delphine dit :

    Le regain des plantes médicinales vient aussi du fait qu’elles sont faciles d’accès et à moindre coût par contre se renseigner sur les risques que l’on en court est essentiel. Qui dit nature ne veut pas dire inoffensif. Un très bel interview qui m’en a beaucoup appris.

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    • Caroline
      Caroline dit :

      Merci Delphine, en effet on ne peut pas faire n’importe quoi avec les plantes. Même s’il n’y a plus d’herboristes il reste des passionnés qui savent les utiliser.

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